Cette année, la semaine de la recherche clinique de Gustave Roussy a pour thématique la prévention personnalisée. À cette occasion, Perrine, directrice de la marque et de la philanthropie de l’Institut, revient sur le cancer du pancréas qui lui a été diagnostiqué à un stade précoce il y a moins d’un an. Un fait rare, permis grâce au programme de prévention du cancer Interception.
« Je viens d’une famille très touchée par le cancer. Mes parents, ma sœur, mes cousins et un oncle ont connu la maladie, sans qu’aucun gène prédisposant ne soit à ce jour identifié. J’avais moi-même déjà été traitée pour un cancer du sein en 2008.
Puis, en 2021, est intervenu le lancement du programme Interception de Gustave Roussy, centré sur la prévention personnalisée du cancer. Les parcours dédiés aux cancers du sein et du poumon ont ouvert en premier, suivis plus tard par ceux centrés sur les tumeurs digestives et du pancréas.
C’est d’abord ma curiosité professionnelle, et non personnelle, qui a été piquée. Je connaissais mal les facteurs de risque du cancer du pancréas, mais quand j’ai indiqué que deux personnes de mon entourage proche avaient été touchées par ce cancer, ma mère et mon oncle, on m’a informée que j’étais éligible.
Je suis arrivée très détendue à la journée, à laquelle je m’étais inscrite sans vraiment penser à mon niveau de risque. L’accueil a été chaleureux et le parcours s’est organisé autour de différents ateliers. Tests d’activité physique, bilan médical, échanges autour de la nutrition ... À la fin de la journée, l’oncologue nous explique qu’en cas de risque augmenté, la bonne pratique à adopter est celle d’une IRM du pancréas une année sur deux, complétée par une échographie endoscopique pancréatique l’autre année. L’objectif est de détecter la maladie le plus tôt possible, ce qui arrive dans très peu de cas puisque les symptômes de ce cancer ne se manifestent malheureusement que lorsque la tumeur est trop étendue pour être opérée.
J’ai réalisé ces examens à Gustave Roussy, sur une IRM de dernière génération. Elle a permis de détecter une lésion de 7 mm seulement, qui serait passée inaperçue 10 ans plus tôt. Le Dr Max Gelli, chef du département anesthésie, chirurgie et interventionnel de Gustave Roussy, a tout de suite demandé qu’on identifie la nature de cette lésion. J’ai donc réalisé dans la foulée une biopsie, et le diagnostic est tombé : cancer du pancréas de stade I. Les médecins m’ont de suite rassurée, m’expliquant que mon pronostic était très favorable. Mais l’angoisse est bien sûr montée, accompagnée de tous les souvenirs liés à mon histoire familiale.

Diagnostiquée le 11 juin, j’étais au bloc opératoire le 1er juillet. L’opération a duré huit heures. Elle a été réalisée par le Dr Gelli assisté par un robot qui n’a laissé que trois petites incisions et a permis de retirer la tumeur en enlevant une bonne partie du pancréas, me rendant aujourd’hui diabétique. S’en est suivie une semaine d’hospitalisation, marquée par l’humanité du personnel de Gustave Roussy, rempli de petites attentions, de mots, de gestes de la main, qui apaisent beaucoup. Les premiers jours se sont plutôt bien passés, si ce n’est un effet secondaire de l’anesthésie dont on ne m’avait jamais parlé : la dépression post-opératoire, sans doute liée au fait d’être endormie artificiellement pendant huit heures. Faire confiance aux équipes, se laisser porter, a fait disparaître l’anxiété dans laquelle j’étais plongée depuis mon diagnostic.
Après mon hospitalisation, je n’avais qu’une hâte : me rétablir au vert. J’ai retrouvé des forces, marché et fait de la kinésithérapie respiratoire. 15 jours plus tard, autre complication : une pancréatite aiguë qui a nécessité une nouvelle hospitalisation. Tout est finalement rentré dans l’ordre, bien que ce fût une période difficile, marquée par la perte d’un vieil ami d’un cancer du pancréas.
J’ai pu commencer fin août ma chimiothérapie, qui est assez lourde pour ce cancer, afin de diminuer les risques de rechute. Cela ne m’a pas empêché de célébrer le mariage de mon fils après ma première séance, un moment magnifique et joyeux. Fort heureusement, les mariés n’ont rien remarqué quand mon application de contrôle de la glycémie s’est mise à sonner lors de l’échange des consentements !
Durant mes cures de chimiothérapie, j’ai beaucoup échangé avec les autres patients et fait de très belles rencontres. Quand je disais que j’avais un cancer du pancréas, je voyais dans leur regard qu’ils pensaient que j’étais perdue. Quand j’essayais de me justifier, de leur expliquer que la tumeur avait été prise en charge extrêmement tôt grâce à Interception, ils pensaient que j’étais dans le déni. Cela montre la nécessité de sensibiliser une part plus importante de la population à la prévention du cancer. Grâce à Interception, j’allais en chimiothérapie par sécurité, et non pour sauver ma vie, ce qui change tout…
J’ai finalement terminé ma chimiothérapie le 8 février. Je dois désormais réaliser un scanner tous les trois mois, principalement pour suivre ma pancréatite, ainsi que des prises de sang. Je mesure aujourd’hui ma chance, avec la conscience aigüe que les dons m’ont très certainement sauvé la vie : c’est la générosité qui a donné à des médecins et chirurgiens brillants et visionnaires les moyens de déployer une médecine intelligente et personnalisée et de disposer de technologies de pointe !
J’ai repris le travail le 12 mai, moins d’un an après mon diagnostic. Il s’agit d’une situation extrêmement rare dans le cancer du pancréas. Cela démontre à quel point le programme de prévention de Gustave Roussy, imaginé par la Dr Suzette Delaloge, est unique en son genre et particulièrement pertinent. Un cancer si petit ne peut pas être découvert par hasard. Mon parcours démontre que pour les personnes avec de fortes prédispositions, un programme de prévention personnalisée est nécessaire et peut sauver des vies.
J’étais déjà motivée à aller chercher des fonds pour soutenir Gustave Roussy. Je le suis aujourd’hui encore plus. Maintenant, à chaque fois que mes enfants lèvent leur verre, ils proclament : ‘à Suzette !’ ».