Mars bleu, mois de sensibilisation dédié au cancer colorectal, est l’occasion de rappeler l’importance du dépistage national organisé en France autour de cette pathologie. Simple et efficace, il est entièrement gratuit et réalisable à la maison. Malheureusement, il est encore trop peu suivi, avec seulement 30 % des personnes éligibles qui le réalisent. Pour répondre à cette problématique, Gustave Roussy va déployer durant tout le mois de mars une campagne de sensibilisation et d’information porteuse d’un message simple et percutant : « Même si ça te fait chier, fais-toi dépister ». La Dr Marine Valéry, oncologue médicale au sein du comité d’oncologie digestive de Gustave Roussy, apporte son éclairage.

À qui s’adresse le dépistage du cancer colorectal ? Le dépistage du cancer colorectal s’adresse à la population générale, plus précisément à tous les hommes et à toutes les femmes âgés de 50 à 74 ans, sans antécédent familial prédisposant au cancer colorectal. L’âge est en effet l’un des principaux facteurs de risque de cette maladie, puisque 95 % des 47 000 cas détectés chaque année en France le sont chez des personnes âgées de plus de 50 ans. Ce test est à réaliser tous les deux ans lorsqu’il se révèle négatif.
Le Test Immunologique Fécal (FIT), qui a remplacé le test Hémoccult, se présente sous la forme d’un kit à récupérer en pharmacie ou auprès de son médecin traitant après la réception d’un courrier de l’Assurance maladie. Il est aussi possible de le commander en ligne sur le site monkit.depistage-colorectal.fr.
Une fois le kit réceptionné, tout se déroule à la maison. Un petit sac en papier est à disposer sur la cuvette des toilettes afin de collecter les selles. On utilise alors l’écouvillon pour récolter un échantillon, que l’on place dans un tube à refermer et à renvoyer le jour même dans une enveloppe, sans besoin de l’affranchir. Dans l’enveloppe, il faut également ajouter une feuille de renseignements personnels. L’ensemble du matériel nécessaire à la réalisation du test et à son envoi est fourni dans le kit.
Il est d’abord important de préciser que le test FIT, qui recherche dans les selles le sang invisible à l’œil nu, se révèle négatif dans 96 % des cas. Les participants reçoivent leur résultat par SMS ou par voie postale. En cas de résultat positif, ils sont invités à prendre rendez-vous chez leur médecin traitant. Ce dernier les adressera ensuite à un médecin gastro-entérologue pour réaliser une coloscopie, idéalement dans le mois suivant la réception des résultats du test.
La coloscopie a pour objectif de détecter d’éventuelles anomalies de la muqueuse colique, appelées polypes, et de les retirer pour analyse en laboratoire. Les polypes sont des excroissances, dont certains peuvent dégénérer en cancer avec le temps. Plus de la moitié des coloscopies réalisées ne révèlent cependant aucune anomalie. Dans 30% des cas, des polypes sont détectés, et 8 % de l’ensemble des coloscopies réalisées débouchent sur un diagnostic de cancer colorectal.
Le cancer colorectal est un cancer qui peut rester silencieux, donc sans symptôme, pendant une longue durée. Détecter du sang invisible dans les selles peut permettre de diagnostiquer la maladie à un stade très précoce. Il s’agit d’un enjeu majeur de santé publique, car détecté tôt, le cancer colorectal se guérit dans 90 % des cas. De même, plus le cancer est détecté tôt, moins les traitements seront lourds pour le patient. Mais à l’heure actuelle, seulement 30 % des Français éligibles réalisent ce test.
Les facteurs de risque généraux du cancer colorectal sont l’âge, la consommation de tabac, d’alcool, le surpoids, la sédentarité, ainsi qu’une alimentation riche en viande rouge, en charcuterie et pauvre en fibres.
On définit trois groupes de risque concernant le cancer colorectal. Le premier groupe, dit à risque modéré, concerne la population générale à partir de 50 ans sans antécédent personnel ou familial prédisposant au cancer colorectal. Viennent ensuite les personnes à risque élevé, c’est-à-dire celles avec un antécédent personnel ou familial au premier degré de cancer colorectal ou de polype de plus d’un centimètre, ainsi que les personnes atteintes d’une maladie chronique inflammatoire de l’intestin (maladie de Crohn et rectocolite hémorragique). Enfin, les personnes à risque très élevé correspondent à une population présentant un risque génétique de développer un cancer colorectal, notamment dans le cadre du syndrome de Lynch ou de la polypose adénomateuse familiale. Ces pathologies sont extrêmement rares.
Il est important de noter que les personnes à risque élevé et très élevé ne sont pas éligibles au dépistage national, puisqu’elles bénéficient d’une surveillance systématique par coloscopie débutant avant l’âge de 50 ans.
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